« C’est rien… » « Ce n’est pas grave »… Et si on arrêtait de minimiser leurs sentiments?

[ Je me sens pousser des ailes… courir… encore et encore… j’adore ça! Et puis je suis invincible… je suis capable de tellement de choses maintenant! Tiens, aujourd’hui je vais courir sans regarder devant, mais plutôt là, sur le côté tiens! Comme c’est rigolo! Le paysage défile différemment! Alors on recommence… allez… encore une foi… Aïe!! Cette douleur… oui je viens de tomber… j’ai si mal! Et puis cette peur… mon cœur bat à cent à l’heure… oh j’ai si peur! Papa! Maman! Au secours… Je pleure, je ne peux plus m’en empêcher. Papa, Maman, j’ai besoin de vous! Aidez moi à faire disparaître ce sentiment, je n’y arrive pas! Je ne comprends pas ce qui m’est arrivé, pourtant je cours si bien! Je sais faire tellement de choses. J’ai mal! Je n’arrive plus à retenir mes larmes. Qu’est ce qui m’est arrivé? Pourquoi j’ai échoué? Je m’amusais si bien. Papa, Maman, vous entendez ma détresse? J’ai besoin de vous, maintenant. Accordez moi un peu de votre temps, regardez moi, consolez moi. Je suis votre enfant, et j’ai peur. Je suis votre enfant, et là, tout de suite, j’ai besoin de tout l’amour du monde. ]

« Oh, mais enfin… ce n’est rien du tout. Arrête ton cinéma. »

 

Tout est dans le titre, je ne peux pas faire meilleure introduction. A force d’entendre les réactions de parents autour de moi, il fallait que je m’attaque au sujet!

Inutile de faire durer le suspens: le titre annonce clairement ma vision des choses. Je supporte de plus en plus difficilement le manque d’empathie envers un enfant qui a du mal à gérer ses émotions, et plus particulièrement le fait de minimiser leur détresse, quelle qu’elle soit.

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Car un enfant, c’est prouvé scientifiquement, n’est capable de faire preuve de « maturité » envers ses émotions qu’à l’âge de… 7 ans. Et encore, quand on sait que le développement du cerveau ne prend fin qu’à l’approche de la trentième année, il y a de quoi rester humble…

Pour nous, jeunes parents, il faut donc retenir cette information capitale: jusqu’à son entrée à l’école primaire ( et encore… ), notre tout petit restera incapable de contrôler ses émotions. Et bien entendu, plus il est petit, plus il est inutile de lui demander ce qu’il n’est biologiquement pas en mesure de réaliser. Tout simplement. Alors vous allez me dire: « on est pas des monstres quand même »! Et je vous répondrais que je n’en doute pas, car je m’inclue évidemment. Mais sans parler d’être des parents mal intentionnés… qui n’a jamais eu le réflexe de répondre « oh c’est rien », ou « allez c’est fini on passe à autre chose » devant les pleurs de son enfant qui vient de tomber ou qui a fait un cauchemar?

Que celui qui n’a jamais eu ce réflexe lève la main! La mienne reste baissée… parce que ces phrases ont bercé mon enfance, parce que je les entend autour de moi depuis toujours. Ces mots on les prononce par réflexe. C’est instinctif: face à des pleurs, on a envie de passer à autre chose le plus vite possible, on a envie de le voir sourire. Et puis on veut qu’ils soient forts, on veut leur « apprendre » à gérer leurs peurs. Oui mais voilà, rappelons nous… ils en sont incapables…

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Et si c’était à nous de changer? Et si, enfin, l’adulte acceptait de s’adapter? La bonne nouvelle, c’est que nous, nous en sommes capables. Et ça tombe bien! Car notre rôle de parents c’est d’accompagner notre enfant vers l’autonomie. Et l’acquisition de l’autonomie passe par une bonne compréhension de ses émotions, afin de les accepter, puis de savoir les gérer.

Je ne suis cependant pas spécialiste de la petite enfance, ni psychologue. Alors loin de moi l’idée de prendre un rôle de conseillère. Je n’aurais jamais la prétention d’affirmer que mes idées ou mes méthodes d’éducation sont les meilleures. Aujourd’hui j’avais juste envie de lancer un peu le débat, et surtout de partager avec vous ma vision des choses.

C’est en lisant des articles qui parlaient de l’importance de ce qu’on dit aux enfants dans ces moments que je me suis intéressée au sujet: mon cœur sensible de Maman s’est serré en imaginant qu’en fait, sans le vouloir, je pouvais frustrer davantage ma fille dans des situations où au contraire elle avait besoin de mon soutien.

Pourtant ces phrases anodines n’ont pas pour but de frustrer l’enfant, bien au contraire, car on pense le rassurer. Il faut juste accepter de réaliser qu’en fait on a pu se tromper, et que ce n’est pas ainsi qu’on apporte à l’enfant l’empathie dont il a besoin.

Je n’aborderais pas le sujet des V.E.O aujourd’hui, mais parfois la frontière est bien mince entre les deux…

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Alors j’ai appris à changer mes réflexes…

  • Dans les situations de chute pour commencer: quand Aïnoha tombe, je reste en observation. Si elle repart l’air de rien, je fais mine de n’avoir rien vu. Et je me dis qu’elle est trop forte ma fille! Mais passons… Si par contre les larmes sont de la partie, bien que la chute n’ait causé aucun « vrai » dégât… alors je me met à sa hauteur, et lui propose un câlin. Je lui demande si elle a mal quelque part, et la rassure: « oui tu as eu peur je comprends ». Mes bras ne s’ouvriront alors que lorsqu’elle le décidera.
  • Dans les situations de « peur inexpliquée » ensuite: Une fois, Aïnoha a été terrorisée par une boule de mes cheveux ramassée après un shampoing. C’est vrai que posés comme ça au fond de la poubelle de la salle de bain, ça ressemblait à une grosse bête noire! Je n’ai pourtant pas ri devant sa détresse, ni essayé de lui faire toucher ou autre acte traumatisant. Je lui ai dit que je comprenais qu’elle ait peur, et en la prenant dans mes bras j’ai pris les cheveux dans ma main, afin de les jeter ailleurs. Ainsi elle a vu que ce n’était pas dangereux, et on est passées à autre chose. Aïnoha a peur des mouches et de la machine à laver quand elle est mode essorage… alors on ne rit pas, du moins on essaie… et on la réconforte tout en lui expliquant qui sont ces êtres étranges qui la terrorisent!
  • Et enfin dans les situations insolites… Pleurs soudains à l’idée de prendre le bain il y a quelques jours… on a alors pris une douche rapide. Envie soudaine de rester collée dans les bras de Maman au moment d’aller à la crèche: on respecte, on prend le temps, et j’explique en douceur qu’à la fin du câlin elle va aller me montrer comment elle fait la championne sur le toboggan.

 

Les pleurs ne sont jamais anodins, et depuis sa naissance j’ai toujours accordé l’importance qu’il fallait à chacun des pleurs d’Aïnoha. D’autant plus qu’elle n’a jamais beaucoup pleuré. Du haut de ses 18 mois, ses émotions s’expriment désormais par plusieurs moyens, verbaux ou comportementaux. Il n’y a donc pas que les pleurs à prendre en compte, et c’est à moi de rester attentive.

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Je sais que bientôt ou pas la colère fera partie de sa palette d’émotions, et qu’il faudra la gérer avec autant de tact que les pleurs. Pour le moment Aïnoha n’a jamais fait de « crises », alors je reste novice en la matière. Mais je reste confiante: j’ai beaucoup lu, et mon instinct fera le reste.

A nous d’accepter l’idée que si, cette chute était la plus effrayante, ou que cet objet est réellement terrifiant. L’enfant vis ses émotions sans retenue, il est toujours à 100%. Minimiser ce qu’il ressent peut l’amener à ressentir de la honte, puis de la frustration: si Maman affirme que ce n’est rien, alors je dois être nul… Ne pas nier ce qu’il ressent va l’aider à reconnaître la nature de son émotion ( « tu as peur, je comprends » ou « tu es en colère, tu veux bien que je t’aide à te calmer? » ), puis à l’exprimer verbalement. En grandissant il sera alors capable d’avouer que oui, il est en colère, et qu’il a besoin de se défouler sur un coussin par exemple.

En arrêtant de minimiser ce qu’Aïnoha ressent j’espère la mettre encore un peu plus en confiance, et ainsi devenir sa confidente plus tard lorsqu’elle ressentira le besoin de s’exprimer. Je lui montre ainsi chaque jour que tout à de l’importance, et qu’elle n’est pas seule pour surmonter ces petites épreuves de la vie.

Et puis il également fallu veiller à ce que super Papa soit un bon élève en la matière…

J’ai beaucoup parlé d’émotions négatives, mais bien entendu cela fonctionne dans les deux sens: allons-y pour une danse de la joie à l’idée de lire ce livre, ou bien on rit de bon cœur quand Mademoiselle se prend un fou rire toute seule en voyant une serviette… La joie, c’est l’émotion que l’on partage volontiers après tout!

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A votre tour! J’aimerais connaître votre point de vue! Accordez vous autant d’importance que moi aux émotions de votre tout petit? Ou au contraire, les méthodes « a l’ancienne » avec lesquelles nous avons grandi vous conviennent mieux?

 

 

10 commentaires sur “« C’est rien… » « Ce n’est pas grave »… Et si on arrêtait de minimiser leurs sentiments?

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  1. Alors, dès le titre tu m’as conquise ! Je suis entièrement d’accord avec toi, il faut que nous fassions attention à ne pas minimiser les émotions des enfants. Je trouve que c’est presque un réflexe de dire « c’est rien » comme pour rassurer car on l’a entendu nous memes dans notre enfance… Mais je me mords toujours la langue et je préfère dire : « j’ai vu. Tu es tombé. Tu as le droit de pleurer… » Comme ça je reste dans les faits et j’accompagne l’enfant sur le fait qu’il a le droit d’avoir peur, de pleurer etc.. D’extérioriser tout simplement car pour ma part, quand je pleure, j’ai horreur qu’on me dise : allez arrête 😛

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  2. tellement d’accord ! et même au delà, pas que celles des enfants, tout le monde. Parce que même un adulte (ok il peux mieux gérer hein je sais), mais quand je suis hyper triste et qu’on me dit « y’a pas de raison ça va passer ». ben non !

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    1. Je suis d’accord, combien de fois j’ai rêvé qu’on me dise « raconte moi pourquoi tu es triste/en colère »… mais que j’ai du m’en tenir à « c’est rien » ou « ça ira mieux demain »…
      A nous de faire à nos enfants ce que l’on aimerait qu’on nous fasse 😉

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  3. C’est un mauvais réflexe contre lequel je m’efforce de me battre, mais avoir entendu ces petites phrases des milliers de fois durant l’enfance laisse des traces il faut croire. Alors j’essaie de ne pas mettre des mots sur les larmes immédiatement pour me laisser le temps de trouver ceux qui seront juste. J’essaie de me mettre à sa place, de comprendre ce qu’il peut ressentir (peur, douleur, frustration ne pas avoir réussi quelque chose) et d’en parler avec lui.
    J’ai aussi l’habitude de refaire l’histoire, reprendre le déroulé de l’action pour l’aider à comprendre ce qui n’a pas marché (tu allais peut-être trop vite avec ton vélo, il y avait un cailloux, etc.) et ça je ne sais pas si c’est une bonne chose à faire…

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  4. Totalement d’accord 😀… Quand la descendance se fait mal je lui dis qu’elle a eu peur, qu’elle a mal et que je comprends sa réaction. Je déteste la formulation « c’est rien » car j’ai l’impression que c’est une négation complète du ressenti de l’autre 😔.
    Quand je suis énervée, que j’ai passé une mauvaise journée je ne supporte pas que mon mari me dise « allez c’est rien, oublie, passe à autre chose » ; non ce n’est pas rien, c’est important à mes yeux !!

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    1. On se comporte avec nos enfants comme on aimerait qu’on se comporte avec nous… 😊 et je suis contente de voir que les mentalités évoluent à ce sujet!

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