Le monde à travers ses yeux…

Il est 8h. Je fais taire ce fichu réveil. Enfin « fichu« … non pas tout à fait, car pour le rentre plus agréable j’ai choisi de mettre l’enregistrement du dernier fou rire d’Aïnoha. Ça marche, je me réveille en râlant moins.

J’ouvre timidement la maison: encore un temps pourri. L’hiver arrive, c’est comme ça. Je referme vie les fenêtres… Je déteste le froid, vivement l’été!

Après un petit déjeuner vite avalé et à peine dégusté, je prépare le biberon de ma puce. Je culpabilise: devoir la sortir de son doux et paisible sommeil est une véritable torture. Mais mes yeux ne peuvent s’empêcher de guetter l’horloge: l’heure tourne, je n’ai pas le choix. Sans cesse bousculée par le temps, je vis mes matinées comme une course contre la montre, et je ne profite pas. Je ne profite pas du câlin du matin lorsque je la prend encore toute endormie dans mes bras, je voie à peine son sourire, je n’ai pas le temps de jouer avec elle à ce jeu de légos qu’elle aime tant. Je culpabilise…

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Une fois le biberon plus ou moins avalé et bébé toute propre et habillée, je file me brosser les dents, et faire un dernier tour de la maison pour vérifier que nous n’avons rien oublié. Aïnoha me regarde avec attention, maintenant elle comprend: elle sait que quand je m’agite ainsi, c’est que nous allons bientôt être séparées.

Une fois installées dans la voiture je démarre au plus vite: on est en retard. Encore. Je lui demande si ça va: Elle me fait le plus beau des sourires. La musique doit aider: elle adore… Pendant mon mini footing matinal, durant lequel il m’est parfois difficile de garder l’équilibre entre le poids d’Aïnoha, son petit sac de crèche et mon sac à main, elle se blottit contre moi. La vue de la porte de la crèche ne la trompe pas: il est l’heure de commencer ta journée ma chérie.

Je prend tout de même le temps de m’installer et de papoter avec les anges gardiens de ma fille: après tout il est important de faire la transition en douceur, et puis je me sens si bien ici. Travailler avec des bébés… j’en rêve. Alors le reste attendra. Tant pis pour le parking de mon boulot ultra saturé, tant pis pour mon énième tour de parking qui me mettra encore plus en retard, tant pis pour le regard bourré de reproches de big boss. Tant pis. A cet instant plus rien ne m’atteint. Je profite des dernières minutes avec l’amour de ma vie. Nos derniers instants… avant 7h loin l’une de l’autre. 7h sans voir son sourire, 7h sans l’entendre rire, 7h à me demander ce qu’elle fait, ce qu’elle mange, à quoi elle joue. Sept longues heures interminables. Sept heures qui me culpabilisent au plus haut point.

Ce n’était pas un choix, ce n’était pas MON choix. Mais il est trop tard. Je me contraint à me lever, et à la voir me faire « au revoir » de la main… dans les bras d’une autre. Les larmes me montent aux yeux, vite je sors. Une fois dehors, les bras vides et le cœur en miettes, la course reprend: c’est parti pour une journée dans le triste monde des adultes. Et déjà, je ne pense qu’au moment où je la serrerais à nouveau dans mes bras…

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Quand ce moment arrive j’en suis limite euphorique: l’apercevoir, heureuse et épanouie, au milieu de ce petit monde joyeux, ça me met du baume au cœur. Et c’est dans un flot de mots d’amour que nous reprenons le chemin de la maison. Toujours en poussette, on prend le temps. Car je sais combien elle adore ça. On récupère le courrier, elle me tient les enveloppes: c’est notre petit rituel. Quand j’ouvre la porte de la maison, je me sens à nouveau bien. Notre cocon.

Pourtant la culpabilité reprend vite le dessus: Aïnoha retrouve ses jouets, et comme j’aimerais la suivre. Mais les mamans ont toujours des choses à faire c’est bien connu. Et malgré une organisation assez élaborée je n’y échappe pas. Il faut bien manger, ou s’occuper du linge. Mon petit koala s’accroche alors désespérément à moi. Ses yeux humides de larmes en disent long: Maman tu me manques. Voilà. Mes yeux s’embrument également: mais elle ne le verra pas. Je chante, je sourie. J’essaie tant bien que mal de lui montrer que la vie est belle, mais je ne sais pas si je suis crédible. Car Papa rentre très tard, et il faut le dire: je suis fatiguée. Quelle honte. J’attend que les heures de la journées veuillent bien défiler inlassablement, et quand le moment tant attendu arrive me voilà en train de me plaindre. Je me trouve nulle.

A peine 20 minutes de jeux, voilà ce que j’ai pu lui offrir. 20 minutes, en 24 heures. Je suis bien loin de mes idéaux. Bien loin de mon rêve de Maman parfaite. Car l’heure du repas arrive sur nous bien trop vite, puis celle du bain, puis celle du biberon. Petit koala hurle mon attention. Et moi, trop occupée à lui faire ce biberon au plus vite, je ne vois même pas ce bout de papier qu’elle s’apprête à manger. Je le vois pile avant le drame. Tout pile. L’instinct sans doute… Fichu quotidien. J’en pleurerais. Encore. Mais je dois rester forte. Pour cette petite puce qui m’attend si patiemment depuis ce matin…

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Notre doux moment de répit s’offre enfin à nous: blotties dans mon lit, la lumière tamisée, c’est l’heure de recharger les batteries en amour. On fait le plein d’ocytocine, l’hormone si bénéfique du plaisir. On ne se lâche plus. Bisous, câlins… Aïnoha me montre à quel point elle est affectueuse. Ma récompense de la journée. Papa arrive enfin et la fête commence: les rires font envoler ma culpabilité, et la famille dont j’ai tant rêvé se retrouve enfin réunie. Il était temps

Une fois déposée dans son lit, Aïnoha m’offre à nouveau son plus beau sourire. Je n’avais jamais vu un bébé aussi heureux d’aller au lit. Je lui envoie un dernier baiser, lui souhaite les plus beaux rêves, et tourne les talons. Déjà. Nos moments en famille sont déjà terminés. Il faudra désormais attendre à nouveau 24h… une éternité. Et allongée dans mon lit, juste avant de m’endormir, je me répète toujours à quel point j’ai de la chance d’être sa Maman…

 

[… ]

 

Encore endormie, j’aperçois la douce lumière du matin. Déjà? Oh ce n’est pas bien grave, je suis si contente de voir le visage souriant de Maman! Elle me prend dans ses bras… sa nuque est toute chaude, son parfum sent si bon! Je suis bien. Elle me donne mon biberon: chouette elle a mis des céréales au chocolat! Mes préférées! Miam… tiens je bois tout pour la peine.

Après m’avoir habillée Maman me laisse me coiffer toute seule: je suis si fière, je me débrouille bien je trouve. C’est chouette je grandis. En ce moment elle m’apprend à enfiler mes chaussettes: j’observe pour le moment, mais j’adore. Elle m’aide à devenir une grande! Je suis sûre que bientôt, je saurais l’épater!

Je la regarde attentivement, Maman: chacun de ses gestes, ce sont les mêmes chaque matin. Elle se brosse les dents, puis elle fait le tour de la maison. C’est marrant, et puis ça veut dire qu’il faut que je me tienne prête: on va partir écouter de la musique dans la voiture! Elle sait que j’aime chanter, chaque matin une chanson différente. C’est la fête! J’ai la pêche moi ce matin tiens…

Pourquoi marches-tu si vite Maman? Tu as peur de quelque chose? Ah non je sais: tu as froid! Ou bien tu veux arriver la première? Oh ne te presses pas tant Maman, j’aimerais que ce câlin dure une éternité. Je me sens un peu perdue tout d’un coup: tu tapes le code, la porte va donc s’ouvrir. Je connais par cœur tu sais. Les copains sont là, c’est sympa. Et puis tous ces jouets… le paradis. Je ne sais plus où donner de la tête. Je vais bien m’amuser je le sais, j’ai l’habitude maintenant. Un petit câlin à L., oh Maman, tu n’es pas jalouse j’espère? Je t’en fais des plus gros! Tu me fais « au revoir »… dommage on s’amusait bien tous ensemble. Mais d’accord, tu reviens après ma sieste comme hier? J’aimerais tant savoir ce que tu pars faire toi… amuse toi bien Maman!

Oh la la j’en ai plein les mains de ce truc marron… ils appellent ça comment déjà? Ah oui de l’argile. Oh! Maman! Te voilà toi! Regarde mes mains! Tu devineras jamais ce que j’ai fait! Il faudra que je te fasse découvrir ça un jour. Bon en attendant on pars en balade? Tu n’oublieras pas les enveloppes hein? Je suis tellement fière de t’aider. Tu me fais confiance c’est génial. Oh tiens un chat! Et un chien! J’adore les animaux. Maman, imite encore le miaulement! Et l’aboiement! Tu le fais si bien… tu es trop forte.

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Tu sourie Maman… tu as l’air si heureuse de m’avoir retrouvée! Moi aussi tu sais? Je me sens aimée. J’ai envie qu’on fasse plein de choses ensemble! Tu viens jouer avec moi? Oh… tu préfères jouer à la cuisine c’est ça? Bon… tant pis. Je m’entraîne à marcher en attendant. Regarde moi Maman! Maman? Oh Maman qu’est ce qui t’occupe autant? Ça me rend triste… tu m’a tellement manqué! Mais je te fais confiance, tu dois sûrement avoir une bonne raison.

Tiens ça sent bon… c’est l’heure du repas? Chouette je vais pouvoir te montrer mes progrès! Regarde Maman comme je tiens bien ma cuillère maintenant! Bientôt je mangerais tout toute seule, on parie? J’aime bien ce moment avec toi. Je te raconte ma journée, tu adores ça! Même si parfois tu ne semble pas tout comprendre à mes histoires… mais la plupart du temps tu devines bien!

J’entends l’eau couler là non? C’est l’heure du bain on dirait! Super! Décidément j’ai la belle vie. La température de l’eau est parfaite, comme d’habitude Maman! Merci! J’adore quand tu me masses doucement la tête… huumm… ça détend. Allez tiens maintenant je t’éclabousse! Hi hi! Quand tu m’enveloppes dans la serviette je me sens si bien… comme quand j’étais toute petite… après tout je suis ton petit bébé non? Tu prends soin de moi, tu me dis que je suis belle… quelle chance j’ai d’être aimée à ce point. Ça me donne confiance pour évoluer, progresser, merci pour ce cadeau. Mais?? Tu me chatouilles là! Hi hi arrête! Mais arrête! Je n’arrive plus à m’arrêter de rire!

Nous voilà au calme… je suis si fatiguée! Ta présence rassurante m’aide à m’apaiser, tu sais Maman je ne sais tout simplement pas ce que je ferais sans toi. Mais… cette voix grave, ce sourire… oui il est là ça y est! Papa!! Je suis tellement contente de te voir! On va jouer? Allez Papa fais moi tourner! Encore! Je me sens si bien avec vous… Oh Papa je baille… excuse moi je ne peux pas m’en empêcher! C’est dommage, j’aimerais tellement jouer toute la nuit avec vous! Vous ne m’en voulez pas? Je crois que vous êtes d’accord avec moi: me voilà dans mon lit douillet. Où es-tu petit doudou? Ah te voilà… alors bonne nuit Papa et Maman! J’ai hâte d’être à demain pour vivre de nouvelles aventures!

 

[ … ]

 

C’est fou comme leur vision du monde est différente de la nôtre. Avec leur positivité et leur joie de vivre, les enfants ne retiennent finalement que le meilleur. Et tant mieux… vraiment. Une journée grise et sans particularité devient à travers leurs yeux la meilleure. Grâce à ces petits rien, auxquels nous ne prêtons plus attention depuis longtemps.

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Chaque jour je fais en sorte de lui donner le meilleur, et j’espère vraiment qu’Aïnoha est heureuse. C’est devenu ma seule préoccupation. Ma vision de notre quotidien est parfois plus négative que ce qu’elle n’est réellement, alors je me suis amusée à regarder le monde à travers ses yeux aujourd’hui. Et j’ai vu le bonheur…

 

 

 

 

4 commentaires sur “Le monde à travers ses yeux…

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  1. Je me reconnais dans la culpabilité, dans le rythme qu’on voudrait ralentir un peu, dans le sentiment de ne pas profiter assez les uns des autres, et tous les jours, c’est la même chose ! Merci pour cet article qui nous fait nous rendre compte que nous ne sommes pas seules !

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