Cet appel qui a tout changé…

Il y a quelques jours, pendant qu’Aïnoha et moi étions en pleine partie de cache-cache, mon téléphone a sonné. Le numéro qui s’affichait m’était étrangement familier, sans que je sache pour autant qui se cachait derrière. Un appel que beaucoup pourraient considérer comme banal, un appel pour des formalités parmi tant d’autres. Et pourtant… à moi il m’a fait un drôle de choc cet appel. Il m’a même laissée vide, les larmes aux yeux…

« Bonjour c’est L. de la crèche, je vous téléphone afin de vous annoncer que l’adaptation commencera le 21 août pour Aïnoha. 14h ça vous irait? « .

J’ai négocié 14h30, car Aïnoha mange avant, puis je me suis entendue demander en quoi consisterait cette première heure là-bas, je me suis entendue dire seulement « d’accord » quand elle m’a annoncé que le jour suivant ce rendez-vous, Aïnoha y resterait 15 minutes seule… Je me suis sentie retenir mes larmes, j’ai senti mon cœur s’emballer, je me suis entendue lutter pour ne pas que mon interlocutrice remarque ma voix tremblante. Quand j’ai raccroché mon cœur s’est serré: je ne suis pas prête. Vraiment pas.

Pas prête au niveau matériel déjà: la liste de « rentrée », celle qui mentionne tout ce que nous devons apporter pour son premier jour, je l’avais soigneusement rangée dans un tiroir. A portée de main, mais rangée. Car c’était pour plus tard, pas pour maintenant. Non pas si vite… Alors bien entendu rien n’est prêt, tout est à acheter. Moi qui aime tant anticiper… C’est comme si mon inconscient avait tout refoulé, pour me protéger. Me protéger… de quoi?

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Me protéger de ce sentiment qui m’a prise de plein fouet, au moment où j’ai reçu cet appel. Je ne suis pas prête… psychologiquement. Voilà tout. Alors bien entendu cette rentrée on la prépare depuis des mois: rendez-vous d’inscription, visite, invitation à la fête de fin d’année le mois dernier, cette structure chaleureuse et accueillante fait partie de notre vie depuis un petit moment déjà. Située juste à côté de notre maison, cette crèche représentait notre idéal, notre choix numéro un. Je m’y suis toujours rendue avec le sourire, fière que ma petite princesse y soit acceptée car leurs valeurs correspondent en touts points aux nôtres. Le courant est immédiatement passé avec le personnel, surtout avec la directrice. La visite nous a enchantés, y compris Aïnoha. Alors… pourquoi une telle réaction de ma part? Décidément mes sentiments se contredisent.

Mais en fait… je sais. Je savais. Depuis des mois je savais comment je réagirais. La différence avec les visites précédentes, c’est que lors de celle-ci tout deviendra concret. Nous ne serons plus de simples visiteurs: Aïnoha y est attendue, car il est prévu qu’elle y reste ensuite… sans moi. Sans moi. La voilà l’explication. Tout simplement. Je ne suis pas prête à laisser mon bébé. Pas du tout. Les gens ont beau être adorables, les locaux ont beau être au top… je ne suis pas prête. Là, tout au fond de moi. Ce n’est pas une surprise, je me voilais juste la face. Comme un petit caillou qu’on cache sous le sable pour aller mieux, et qu’un jour une rafale de vent dévoile sans prévenir. Cet instant je savais que j’allais le vivre, mais je l’ai ignoré. Je n’ai pas envie de le vivre…

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Et pourtant comme beaucoup d’autres l’ont fait, il va falloir. Comme c’est difficile… C’est difficile parce que je n’ai pas choisi. C’est difficile parce que j’ai l’impression que cette vie m’est dictée en touts points, et que je ne peux y échapper. Ce n’est pas moi qui ai décidé. Et comme ça fait mal de ne pas pouvoir décider. De ne rien pouvoir changer, de ne pas pouvoir crier « stop on arrête tout »… Certains trouveront ma réaction exagérée, mais c’est ainsi que je vois les choses. On m’impose clairement de laisser ma fille, on m’impose de ne pas être là lorsqu’elle prendra ses repas, de ne pas être là pour la serrer dans mes bras avant sa sieste, de ne pas être là pour assister à ses progrès, entendre ses rires, ou la réconforter. Je n’ai pas choisi. Et c’est bien la première fois que ça m’arrive. Alors oui ça fait mal de ne plus avoir le contrôle, de se sentir impuissante. Mais personne n’y peut rien. Il faut faire avec.

Et pourtant je sais qu’elle sera heureuse, et je l’espère le plus vite possible. Aïnoha aime découvrir, expérimenter. Là-bas elle recevra la stimulation dont elle a besoin. Mais qu’en est-il de ses besoins affectifs? Je sais que ma puce a énormément besoin de marques d’affection, besoin d’être entourée, de se sentir en sécurité. Y prêteront-elles attention? Et puis si, comme je l’espère, c’est le cas… Est-ce que finalement ce n’est pas ce qui me pince le plus le cœur? Que ma fille trouve du réconfort, de l’affection dans les bras d’une autre? A me relire j’ai l’impression de parler d’adultère… mais l’amour est un sentiment fort, que j’aime exclusif, que ce soit dans mon couple ou avec ma fille. Je pense qu’en fait… je suis un peu jalouse. Jalouse des instants qu’elles vont passer avec Elle.

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Je culpabilise tellement. Que va t-il se passer dans la tête de cette petite fille d’à peine 1 an qui a toujours tout partagé avec ses parents? Comment va t-elle réagir? Ma hantise serait évidemment qu’elle pense qu’on l’abandonne. Et pourtant si elle savait… C’est à moi de bien lui présenter les choses, de faire en sorte que la transition se passe bien, je le sais. Mais en suis-je réellement capable? Il me sera tellement difficile de ne pas lui communiquer mes angoisses. Et pourtant jusqu’à présent j’y arrive parfaitement. Aïnoha, petit bébé calme et confiante, prend toujours les évènements inattendus avec un recul qui m’épate à chaque fois. Même quand dans mon coin, je stresse pour deux.

Mais cette fois c’est plus fort, car c’est un LE sujet sur lequel je suis la plus sensible. Me séparer d’Elle… Une chose dont j’ai été incapable à de nombreuses reprises. Une chose qui me brise le cœur quand c’est inévitable. Mais il n’a toujours été question que de quelques heures, jamais d’une journée entière. Je met un point d’honneur à être présente lors de ses repas, où pour la coucher. Mais bientôt tout sera différent. Il va falloir apprendre à passer le relais, bien que ce soit clairement trop tôt à mon goût. A mes yeux la place d’un enfant est auprès de ses parents, du moins jusqu’à l’entrée en maternelle. Et ma place n’est nulle part ailleurs qu’auprès de ma princesse. Serait-ce narcissique de penser que je suis indispensable à son développement? Qu’il n’y a que moi qui puisse satisfaire tous ses besoins? Peut-être…

[ Saches ma chérie que ce n’est pas de gaieté de cœur que je vais tourner les talons ce jour-là et disparaître derrière la porte… Surtout ne t’imagines pas une seule seconde que je pars parce que j’en ai marre d’être avec toi, que je pars pour aller passer du bon temps. Mes meilleurs moments je les passe avec toi, et nulle part ailleurs maintenant. Tu verseras peut-être quelques larmes, bien que j’espère de tout cœur que ce ne sera pas le cas, mais ce que tu ne verras jamais c’est que là-bas, derrière cette porte close, j’en verserais moi aussi. Sans doute plus que toi! Saches que j’ai autant besoin de toi que toi de moi, et que je compterais les minutes puis les heures qui me sépareront de nos retrouvailles.

Il faut que tu comprennes que ce ne sont pas les personnes que tu vois autour de toi qui m’ont demandé de partir, j’y suis contrainte pour des raisons que tu comprendras « plus tard » comme on dit. Alors fais leur ton plus beau sourire, tu peux leur faire confiance. Moi je leur fais confiance. Exprime leur tes joies, tes peines, elles t’écouteront promis. Et si je peux te faire une promesse, c’est que cette porte va à nouveau s’ouvrir, bien plus tôt que tu ne le voudras parfois, et tu y apercevras alors ta Maman. Nous rattraperons alors notre dose quotidienne de câlins promis. Saches ma chérie que même si dans la vie on ne fait pas toujours ce que l’on veut, on peut s’aimer encore plus fort, et personne ne nous prendra notre complicité. C’est notre force, notre trésor. Je sais que tu y arriveras, je n’ai aucun doute là-dessus. Je te fais confiance. Intérieurement, si tu savais, comme j’aimerais être aussi forte que toi… Je t’aime mon bébé. ]

 

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16 commentaires sur “Cet appel qui a tout changé…

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  1. une grande est nouvelle page se tourne. Vous allez écrire un nouveau chapitre à partir de cette date. Je suis en pleine recherche de nounous je t’avoue que je suis dans un état – Bébé est même pas encore la, j’en ai pas encore profité que je cherche déjà un moyen de le faire garder … dur dur

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  2. Aïe… C’est un cap à passer effectivement. Concentre toi sur le positif, tu as pu profiter de ta fille pendant 1 an quand beaucoup de mamans doivent reprendre le travail à la fin du congé maternité ! Au final cette adaptation c’est peut être plus pour la mère qui autrement finirait hystérique 😂 !

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  3. J’ai les les larmes aux yeux en lisant ton article. Ce sont des choses que j’aurai pu écrire aussi si j’avais du faire face à cette situation avec Rose. J’imagine à quel point cela doit être déchirant…
    Cet amour, cette fusion ce sont des bases solides que vous avez construites avec Aïnoha, qui vous permettront de vous adapter au mieux à cette situation. Courage, vis les choses au jour le jour… Bisous les filles, bisous super maman !

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    1. Merci pour ton petit mot si touchant! On va avancer pas à pas vers cette nouvelle vie… j’ai juste très peur que ça reste le plus grand regret de ma vie malheureusement.

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      1. Pour te rassurer ça va mieux après le 3e jour là… Aïnoha a joué avec sa référante, elle a voulu explorer, elle a même ri! Mais par contre elle garde sa peur panique avec les autres enfants, elle se sent vite envahie je pense. Mais on progresse! Les enfants d’adaptent vite ne t’en fais pas, promis je n’ai pas re pleuré 🙂 Pourquoi deux assistantes maternelles si ce n’est pas indiscret?

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      2. Tu me rassures ! Nous allons dans une crèche familiale donc c’est au domicile d’assistantes maternelles qui se réunissent à la crèche pour faire des activités. Et, nous avons 2 AM car au départ je comptais reprendre le travail à 80% pour avoir mes mercredis avec Luna. J’ai obtenu ma place pour 4j, mais au final mon mercredi m’a été refusé par mon manager pour des raisons pas vraiment justifiables mais je ne me voyais pas faire appel aux syndicats et revenir dans une ambiance où on m’aurait pourri la vie. Donc, j’ai fini par demander le mercredi en plus et la seule solution a été de placer Luna chez une autre AM qui avait une disponibilité ce jour là ! Voilà pour l’explication. Bonne journée

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      3. Oh lala mince… du coup ils t’ont proposé un autre aménagement pour ton 80%? A moi aussi le mercredi m’a été refusé,du coup j’ai des journées plus courtes mais je bosse 5 jours…

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      4. Ils m’ont dis de prendre un autre jour, mais impossible avec la crèche et si je diminuais mon temps horaire (ce qui n’aurais pas vraiment arrangé mon manager car j’accueil du public avec des permanences), je passais presque autant de temps de trajet que de travail donc j’ai abandonné l’idée et je vais essayer de me rapprocher de mon domicile. Bonne journée

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