Cette fameuse courbe de croissance: et si bébé n’est pas « dans la moyenne »?

« Courbe de croissance« : jusqu’à ce qu’on ait des enfants, il faut l’avouer, ce terme nous était juste vaguement familier. Surtout lorsque l’on songeait au bon vieux carnet de santé qui a accompagné notre enfance en fait. Et puis un jour à la maternité nous l’avons eu entre les mains à nouveau. Ce carnet flambant neuf qui contient la bible des premiers mois de bébé nous aura effectivement été d’une aide précieuse pour vérifier que « tout va bien ».

Avouons-le: l’une des premières choses que l’on a regardée c’est la page mentionnant le premier examen de notre trésor. Périmètre crânien, réflexes, mais surtout taille et poids. En bons parents soucieux de l’évolution de notre bébé on scrute minutieusement ces petits points représentant les centimètres et les grammes gagnés chaque mois! Car oui c’est effectivement la première garantie de bonne santé d’un enfant. « Il grandit bien donc tout va bien ». Combien de parents l’ont entendue cette phrase? J’en ai fait partie quelques temps. On se rassure, ouf notre enfant est dans la courbe, il est normal! En complément d’un examen mensuel satisfaisant c’est le jackpot! Oui mais que ressent-on quand bébé « n’est pas dans la moyenne« ? Quand ces fameux petits points gribouillés au stylo par le pédiatre sont trop hauts, ou trop bas?

bébé grandit-mesurer bébé-courbe de croissance

Pour nous tout a commencé in utéro en fait. « Un petit bébé » était attendu. Vu les antécédents génétiques on ne s’attendait pas à un géant, je mesure 1m62 et son Papa n’est pas basketteur non plus. Les pronostics se sont révélés exacts le jour de sa naissance: Aïnoha pesait 2,9kg pour 48cm. Exactement les mêmes mensurations que moi quand j’ai découvert le monde. Tonicité parfaite, tout va bien. Heureuse de connaître enfin mon ( tout petit ) bébé, c’est avec fierté que j’ai accueilli la sage femme à la maison quelques jours plus tard pour le suivi post-natal. Et c’est à ce moment qu’elle a réellement fait irruption dans nos vies: la courbe de croissance ne décollait pas, elle peinait même à remonter suite à la perte de poids qu’un nourrisson subit inévitablement les jours suivant sa venue au monde. Bébé allaitée ma puce avait déjà un petit appétit. Elle tétait toutes les 30 minutes mais à peine. Jusqu’au discours de la sage femme, je ne m’en étais pas inquiétée: pour un nouveau né ses grands yeux ouverts en permanence témoignaient d’une curiosité et d’un éveil rare pour son âge selon le personnel de la maternité, ce qui pour moi était signe de bonne santé.

A ce moment, et je le regrette aujourd’hui, mon regard sur le gabarit de ma fille a changé. Je me suis mise une pression que je n’aurais ( avec le recul ) pas dû m’imposer: je chronométrais les tétées, notais les heures, je la pesais souvent à la maison ( notre baignoire affiche le poids de bébé, gadget hyper pratique mais un peu obsédant pour le coup…). Tout mon esprit de jeune Maman novice et bienveillante s’est concentré sur cette fameuse courbe, et sur ses chiffres si clairs et insignifiants à la fois. En effets ce ne sont que des chiffres après tout. Ils ne sont là que pour donner une indication. Oui les chiffres indiquent que ma princesse est « dans la moyenne basse », mais qu’en disent-ils de son incroyable tonicité? De ses vocalises variées malgré son jeune âge? Lorsque le verdict tombait après la pesée des rendez-vous pédiatriques de suivi mensuel, j’aurais aimé pouvoir répondre différemment. Répondre  » oui elle n’a pris que 400 grammes ( déjà très bien non? ), mais elle souriait à deux jours! Elle a fait ses nuits à deux mois! Tout cela n’a pas d’importance pour vous? » Effectivement j’ai eu pour consigne de ne pas m’alarmer, car tant qu’elle grandissait même à son rythme c’était parfait…

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Oui mais voilà durant son cinquième mois elle n’a pris que 100 grammes. Et avec ce constat tous mes vieux démons me sont revenus. A chaque repas, chaque tétée: il FALLAIT la gaver. Et pourtant ma puce y mettait du sien, mais je n’étais jamais totalement satisfaite. Pour moi il fallait qu’elle prenne plus. J’en aurait presque oublié tous ses progrès extraordinaires. Presque. Car rassurée par cette fichue courbe qui remontait à nouveau, j’ai relâché doucement la pression. L’élément déclencheur a eu lieu pour moi quand je me suis vue insister malgré sa petite bouche fermée et ses protestations. Je me suis entendue lui dire de manger encore, que ce n’était pas assez. Ma puce n’avait tout simplement pas faim. Et j’ai réalisé que moi non plus, parfois, je n’avais pas faim. Alors que ressentait-elle? Comment me voyait-elle? Comme une mère autoritaire qui la force contre sa volonté? Cet instant n’a duré que quelques minutes. J’ai capitulé aussi vite que j’ai réalisé. Réalisé qu’il faut respecter la volonté de son enfant dans tous les domaines. Réalisé qu’elle se comportait parfaitement durant ses repas, qu’elle avait juste un appétit de moineau. Mes souvenirs d’enfance ont alors fait irruption dans mon esprit: je revoyais mon Papa batailler pour me faire manger cet œuf dur, puis cette pomme tant bien que mal, et moi qui à cinq ans lui assurait fermement que ce serait mon seul repas et que je n’avais plus faim. J’ai grandi toute ma vie dans cette « courbe basse » et en ai-je souffert? Je suis en parfaite santé. Et je n’ai pas payé la piscine municipale de ma ville, gratuite pour les moins de 15 ans, jusqu’à mes 25 ans. Et oui. C’était valable aussi pour les parcs d’attractions tiens ( « Quel âge a votre fille? Moins de 12 ans sans doute! On applique la réduction enfant! » ). Il faut savoir tirer les avantages de chaque situation non? Mes parents l’ont bien compris, et m’ont fait grandir avec cette idée. Je me dois de faire la même chose pour ma fille.

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A 7 mois Aïnoha pèse tout juste 6 kilos. Et alors. Elle tient assise, dit « papa« , se tourne et se retourne. Le mot « retard » n’existe plus pour moi: effectivement elle ne rattrape pas le poids qu’elle n’a pas pris il y a quelques mois, mais finalement elle grandit d’une si belle manière! C’est un bébé heureux, qui prend plaisir à tout goûter, qui aime tout. Elle mange avec appétit, avec plaisir. Et c’est ce qui me tient à cœur.  J’aimerais qu’elle apprécie la découverte de nouvelles saveurs, que son rapport à la nourriture soit sain. Qu’elle ne voit surtout pas le fait de finir son assiette comme une obligation, une menace. Et si nous avions été dans le cas contraire j’aurais refusé de la restreindre, de la laisser frustrée. En nous croisant les gens s’exclament effectivement: « elle est si petite pour son âge! » mais la phrase qui suit n’est pas « combien elle pèse? », mais toujours « comme elle est belle! ». Toujours. Elle est jolie ma fille oui elle fait craquer les passants. Son sourire, ses yeux en amande c’est ce qui attire les regards, et non son poids. Son poids n’est qu’un chiffre, son sourire c’est de l’amour.

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J’en veux un peu à ces chiffres, ces courbes de normalité qui cataloguent nos enfants en deux catégorie: « au-dessus » ou « en-dessous » de la moyenne. Car en réalité il en existe tellement! Cette « moyenne » est basée sur des statistiques, des études certes fondées mais tellement restrictives! La croissance est un synonyme de bonne santé c’est certain, mais ces courbes peuvent parfois générer de l’inquiétude quand on est jeunes parents. Nous avons tous envie d’être dans la norme, dans la moyenne, c’est valable pour tout. La société est faite ainsi, ceux qui sortent de l’ordinaire sont observés, parfois jugés. Il en sera de même à l’école, où je vois déjà ma fille inquiète de savoir si ses notes obtenues seront « au-dessus de la moyenne » ou non. Finalement ces chiffres nous suivent toute notre vie. J’aimerais juste qu’Aïnoha ne se formalise pas, qu’elle ne vive pas mal le fait de ne pas être dans la moyenne peu importe le domaine. Qu’elle ne fasse pas la même erreur que moi, qui ai trop accordé d’importance à ces chiffres tout au long de ma vie.

 

Sachez que j’ai découvert l’existence d’une courbe de croissance destinée aux bébés allaités en faisant des recherches, et tiens ma fille semble comme par magie correspondre « à la moyenne »… Comme quoi…

 

Maintenant que j’ai compris tout ça je me sens comme libérée d’un poids, l’obsession de vouloir correspondre le plus possible aux dictats imposés par la société m’a définitivement quittée. Et quel bonheur de prendre la vie comme elle est! Bien entendu je surveille de près la santé de ma fille, mais ces courbes je ne les regarde même plus. Je préfère observer son développement, être à l’écoute de ses besoins. Et vous savez quoi? Certains jours elle a un appétit d’ogre!

 

Alors pour vous c’est plutôt « au-dessus » ou « en-dessous »?

 

 

11 commentaires sur “Cette fameuse courbe de croissance: et si bébé n’est pas « dans la moyenne »?

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  1. La Bête a le même profil que ta fille: très très tonique, en avance sur beaucoup de choses, mais un petit format (47 cm et 3 kg pile à la naissance). Elle mange peu et, avec ses antécédents de RGO, elle éprouve des difficultés réelles à se nourrir. Alors le temps passe, sa courbe monte mais reste dans la moyenne basse. M’en fous, elle va bien, le pédiatre ne me met aucune pression et ma fille mange à sa faim. Le reste m’importe peu. Dans ma famille, y’a des troubles du comportement alimentaire sur plusieurs générations et je veux à tout prix l’en préserver donc je ne la force jamais. Je l’accompagne, j’écoute ses besoins et des difficultés et on avance à pas de fourmi. A 15 mois et demi, elle mange comme un bébé de 6 mois. Cependant, elle pète la forme et est bien dans ses baskets et c’est de loin le plus important! Les courbes, je m’en fiche pas mal, enfin, depuis qu’elle est sortie du RGO.

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  2. Waoh je te lis et je coule les larmes tellement je suis dans la meme situation. Mon garçon lui a eu six mois hier mais à vue d’oeil il en fait 4 et tout comme Aïnoha il est tellement vivace! Sa voix porte jusqu’ au rez de chaussée, il attrape tout ce qu il voit etc.
    Moi aussi a un court moment j ai un peu voulu le gaver de toute sorte de nourriture pour bb mais je me suis très vite reprise comme toi. Et aujourd’hui lorsque je te lis je suis heureuse d avoir écouté mon coeur et continue à respecter son rythme.
    Merci et bisous a vous😘

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  3. Ici c’est l’inverse, j’ai un gros format qui grossit vite et bien, mange beaucoup. A 11 mois elle fait 10,5 kilos. Elle est née à 3,8 kilos. J’étais très satisfaite de sa courbe de poids mais selon ma PMI c’était trop !! Il fallait réduire le nombre de tétées, la sevrer la nuit etc. Bref, jamais content 😉.
    Ceci dit niveau moteur elle est toujours très à la traîne, elle se tient assise depuis un petit mois, 4 pattes depuis que 2 semaines…

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    1. Voilà ton exemple illustre encore une fois ce que j’écris, effectivement c’est souvent trop haut ou trop bas, mais jamais bien! Réduire le nombre de tétées?? Mais affamer un bébé c’est la dernière chose à faire je pense! Elle pousse à son rythme ta puce son poids se stabilisera quand elle marchera et se dépensera plus si c’est ce qui fait vraiment peur aux pédiatres… Elle prend son temps elle a bien raison 😉

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